Sur la Zone à Faibles Emissions

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André Estevez, 12 février 2019

Madame la Maire, chers collègues

on délibère aujourd’hui sur une mesure qui vise à limiter l’accès des voitures dans notre agglomération.

Je pense que la ZFE est globalement une bonne mesure mais elle soulève des interrogations. La plus importante est clairement énoncée dans la délibération: comment limiter les voitures sans que le classes populaires payent le plus gros de l’addition?

Avant de traiter cette question il faut s’interroger pourquoi devrait-on limiter les voitures. L’argument avancé par la Métropole est celui de la pollution. Cet argument semble pourtant étrange. Nous connaissons depuis plusieurs décennies la pollution des voitures thermiques et notamment du diésel et nous n’avons rien fait. Pourquoi le faire maintenant?

Le deuxième argument est celui du réchauffement climatique. Il est bien entendu crucial de lutter contre ce cataclysme longuement annoncé, qui va transformer nos sociétés de notre vivant.

Un troisième argument, la raréfaction du pétrole, est avancé plus rarement. C’est un argument qu’il faut bien analyser, car s’il est vrai, les classes populaires se verraient largement impactées, et cela nous aiderait à construire des politiques pour accompagner la transition énergétique pour tous. Il expliquerait bien mieux que les deux autres pourquoi la société capitaliste dans laquelle on vit critique les voitures et multiplie les mesures à leur encontre (taxe sur le diésel, limitation à 80, ZFE…). Il semble maintenant clair que le pic du pétrole de bon qualité a été atteint en 2009. Que, depuis, nous avons en plus extrait du pétrole de mauvaise qualité, comme le gaz de schiste, avec lequel le pic ce serait déplacé à cette année. Comme ces pétroles de mauvaise qualité génèrent moins de diésel, le pic du diésel a été atteint en 2015, il y a quatre ans. Voilà pourquoi, je pense, la politique nationale du diésel a fait un virage à 180 degrés.

Ces trois problèmes majeurs, raréfaction du pétrole, changement climatique et pollution, sont liés, il résultent du fait que notre monde fini ne peut pas supporter une croissance sans fin. Ces problèmes vont rendre de plus en plus difficile la mobilité de tous, et plus particulièrement des classes populaires. Ceci nous oblige à repenser entièrement notre façon de nous déplacer (et, bien entendu, notre économie). Je pense que la première chose à faire est de dire haut et fort: “la voiture pour tous, c’est fini”. En ce sens la ZFE atteint son but car elle fixe un calendrier clair d’ici 2030 pour interdire les véhicules thermiques en Métropole. Le problème est que, en même temps, il faut donner à la population des contreparties de mobilité pour qu’elle accepte cette perte énorme. Néanmoins, il est important de comprendre que cette perte n’est pas seulement marquée par les intérêts de la classe dominante, mais aussi par les limites physiques de la planète, qui s’appliquent à tous. Imaginer des contreparties de mobilité pour les classes moyennes et populaires est un de nos grands défis. La délibération avance des politiques en ce sens. Je suis d’accord avec certaines mais pas avec d’autres, et je voudrais expliquer pourquoi.

Rapprocher l’emploi du logement. Remarquez que cette idée implique la remise en cause de la propriété privée, avec les conséquences de transformation sociale que cela amène.

Subventionner les transports en commun c’est essentiel et la délibération le souligne. Mais il est aussi important de baisser les prix des transports en commun pour les plus démunis, notamment les chômeurs.

Développer l’autopartage non-électrique. Autolib a été une ruine. Le partage d’une voiture thermique ou hybride me semble une bonne solution à court/moyen terme, car nécessitant d’investissements plus modérés.

Faciliter l’intermodalité, notamment vélo/marche/transports en commun. C’est essentiel. Trottoirs larges, garages à vélo près des gares mais aussi au domicile, location de vélo à long terme. Je pense que nous pouvons faire beaucoup plus.

Développer une culture de mobilité sans voiture particulière. Notamment à l’Ecole.

-Et subventionner la voiture? La politique de “Voitures électriques pour tous!” proposée par la Métropole est un leurre. Pourquoi? D’abord parce qu’il n’y a pas assez de métaux sur terre pour fabriquer les batteries. Ensuite, leur autonomie ne sera jamais celle des voitures à pétrole. Finalement, car pour charger toutes ces voitures il faut des investissement colossaux.

Cette politique finira par être plutôt: “voitures électriques pour les riches, mais financées par tous”. Je suis foncièrement opposée à une telle politique et je vous alerte, chers collègues, des risques qu’elle entraîne.

Mais dans la délibération nous proposons de subventionner la voiture thermique pour tous, et ceci ne me semble pas une bonne politique non plus. Elle n’aide en rien à la transition énergétique et ne fait que repousser le problème.

J’aime à rappeler que 50% des ménages Gentilléens n’ont pas de voiture. Est-ce que c’est plutôt les riches ou les modestes? Les données de l’INSEE indiquent que la différence est faible: les quartier plus modestes, comme le Chaperon vert ou le 162, partagent avec les riches, comme le Plateau, d’avoir moins de voitures que les autres: 55% des ménages sans voiture, contre 45% pour le reste des quartiers aux revenus intermédiaires.

Ainsi, je souhaiterais que notre politique de mobilité défende aussi les intérêts des Gentilléens non motorisés.

Je vous remercie